COVID-19 : préparons l’Après (Thomas VELTY, KORUS)

« COVID-19 : préparons l’Après » est une nouvelle série de partages inspirants, de bonnes pratiques, de ces structures agiles et innovantes, portées par des valeurs fortes pour faire écho de leurs actions. Des modes d’organisation, des modes de management qui se veulent souples et humain, pour co-construire Ensemble le Monde de l’Entreprise de Demain.

 

Entretien avec Thomas Velty, Directeur Régional de Korus Nord Est, contractant général, expert en architecture, conception-réalisation des espaces professionnels. La Direction Nord Est compte 25 collaborateurs répartis sur 2 sites, Nordhouse (67) et Dijon (21). Le groupe Korus compte au total plus de 300 salariés.

 

COMMENT AVEZ-VOUS RÉAGI À L’ANNONCE DU CONFINEMENT ?

Thomas Velty : Nous avons, avec du recul, vécu 3 phases, que je traduirais sous forme d’analogie issue de la boxe :

  • Le Coup dur, l’Uppercut (le stop), qui vous envoie au tapis : quelque chose qui était très loin et qui ne nous concernait pas, à quelque chose qui, en un temps très court devient une réalité absolue et présente : le stop. Fermeture des chantiers et des agences (télétravail).
  • On se relève, après l’envoi au tapis. Arrive la période où nous reprenons notre souffle, nous respirons à nouveau, et nous observons ce qui se passe, ce qui se joue. Nous prenons alors les informations.
  • On y retourne, à cet instant il était essentiel pour nous, de soutenir les équipes soignantes et de pouvoir aux côtés de nombreuses autres entreprises participer à cet élan de solidarité unique ! Pour nous recentrer ensuite sur la « sortie » en organisant le retour des collaborateurs et la reprise des chantiers.

QUE FAITES-VOUS POUR PRÉPARER LA « SORTIE » ?

Thomas Velty : Le postulat de base à notre niveau, est la co-construction avec chacun des collaborateurs pour une reprise en agence et sur les chantiers. Et un seul point fondamental, le respect strict des règles de sécurité.

Les Korusiens : Les agences accueilleront les collaborateurs dans la semaine du 11 mai, pour que ce retour soit possible dans les meilleures conditions, nous avons besoin de (sondage) :

  • comprendre la situation de chaque collaborateur : familiale, personnelle, émotionnelle ;
  • accompagner et adapter le contexte professionnel aux personnes qui présentent des problématiques de santé aggravantes ;
  • connaître les besoins de chacun pour un retour en présentiel dans les meilleures conditions, au-delà des mesures de sécurité dites aujourd’hui « classiques » (masques, gel hydroalcoolique, distanciation etc). De quoi avez-vous besoin ? Quelles sont les mesures supplémentaires qui sont pour vous nécessaires, pour un retour en présentiel ? Etc.

Le contexte présent et à venir chamboule toutes les dimensions de nos vies, il est essentiel de prendre en compte les équipes, de les consulter, et d’acter ensemble les mesures qui seront et dicteront le travail de chacun.

Le retour dans les agences pose au-delà de l’aspect personnel de la situation, une problématique d’espaces et d’organisation des services de l’entreprise, des espaces et des temps de rencontre (réunion, déjeuner, pause, etc).

Répondre collectivement, s’inspirer, s’appuyer des idées de chacun pour repenser le travail.

Nous travaillons de manière collaborative sur tous nos projets. Comment l’organiser en présentiel ? Toutes ces questions qui « Avant » n’en étaient pas, sont aujourd’hui à poser et solutionner.

Comment occuper l’espace ? Quel étalement des personnes ? Quel roulement (présentiel/télétravail) ? Comment animer une réunion à 5 ou 10 personnes ? Comment organiser le temps du déjeuner ? Etc.

Enfin, nous sommes tous différents, notre choix est de permettre à chacun de pouvoir vivre l’expérience de travail la plus adaptée à son besoin :

  • certains souhaiteront pouvoir poursuivre le télétravail à leur domicile à temps complet ;
  • d’autres souhaiteront pouvoir partager leur semaine entre travail à l’agence et au domicile ;
  • d’autres souhaiterons retourner quotidiennement à l’entreprise.

Il nous paraît essentiel de permettre à chacun de travailler dans la configuration la plus adaptée pour que nous puissions collectivement continuer à avancer et évoluer de manière efficiente et solidaire.

Les Chantiers : 

  • Nous avons suivi le protocole de l’OPPBTP (bâtiment) en l’adaptant aux processus et verbatim qui sont les nôtres et déclinés en diagramme de flux et de base documentaire. La mise en ligne a été faite au niveau national via notre réseau interne pour assurer un accès rapide et identique pour tous.
  • Le processus de mise en route et de déroulé des chantiers est aujourd’hui en écriture systématique avec les parties prenantes : le client et le coordonnateur SPS (Sécurité et Protection de la Santé), ce dernier est un acteur déterminant à nos côtés pour écrire les nouveaux protocoles pour chaque chantier.

Il y a un « Avant » et un « Après » COVID-19. Ce processus était jusqu’à présent relativement classique et connu.

À présent, chaque chantier est étudié de manière spécifique : le nettoyage plusieurs fois par jour avec un protocole différentiel, la liste des EPI obligatoires, des plannings d’intervention spécifiques pour éviter les interactions entre les différents corps de métiers, etc.

Les chantiers sont lancés à la validation de ces différents points.

Nos processus intègrent ainsi de nouvelles données et impératifs pour lesquels nous avons adapté en interne de manière miroir nos processus, nos documents, et le qui fait quoi.

Objectif que rapidement et dans les meilleures conditions nos collaborateurs puissent travailler dans ce nouveau contexte de manière autonome et optimisée.

Tout ceci à une incidence importante sur les coûts et les délais d’étude et de réalisation de nos projets.

QUELS MESSAGES PASSEZ-VOUS À VOS ÉQUIPES POUR LES PRÉPARER A L’APRÈS ?

Thomas Velty : Je me suis fixé un cap, une attitude : avec une valeur forte de tolérance (à tout et pour tout), rester positif, fédérateur, objectif (notamment sur les informations quotidiennes), et exemplaire (concernant notamment les mesures de sécurité, le port des EPI etc).

Par ailleurs, les Korusiens sont très soudés, les initiatives sont nombreuses pour contribuer au collectif. A titre d’exemple : une collaboratrice a fabriqué des masques en tissus pour tout le monde, des initiatives de bonnes pratiques sont régulièrement partagées ainsi que de nouvelles expériences digitales pour améliorer les conditions et le confort de travail global.

Grandir ensemble dans cette épreuve et crise tout en étant indulgent, bienveillant avec humour et en gagnant en efficience (en rapport au contexte bien entendu).

QUELLES ACTIONS AVEZ-VOUS MIS EN PLACE AU COURS DE CES DERNIÉRES SEMAINES, QUI ONT FAIT GRANDIR LA STRUCTURE ?

Thomas Velty : Nous étions équipés pour pouvoir travailler en tous lieux, ainsi le télétravail s’est mis en place de manière immédiate. Nous avons simplement permis à l’ensemble des collaborateurs d’être à l’aise sur les différents outils. En effet, suivant les métiers, même si le télétravail était possible, la plupart préféraient se rendre à l’agence.

Nous avons aujourd’hui entièrement basculé sur Teams, au-delà des visioconférences c’est l’ensemble de nos projets qui sont partagés et travaillés à partir de cette plateforme.

Nous avons aussi créé un groupe WhatsApp, suivi par l’ensemble des collaborateurs de nos 2 agences. Il nous est essentiel de communiquer sur un seul canal. L’objectif était d’avoir un canal accessible par tous, pour rester en contact de manière conviviale et pour partager rapidement des informations professionnelles.

ALLEZ-VOUS CONSERVER CERTAINS DE CES CHANGEMENTS ? 

Thomas Velty : Comme je l’ai déjà évoqué, il y a un « Avant » et un « Après »

1/ Avant, la productivité était un critère de lecture partagé (même inconsciemment finalement), nous avions une connaissance précise des temps nécessaires pour chaque étape et nous pouvions nous organiser rapidement en fonction.

Aujourd’hui, le premier critère est la sécurité et change fondamentalement :

  • la manière de travailler ;
  • d’aborder et d’étudier chaque dossier ;
  • les livrables.

2/ Le travail à distance avec l’appui des applications qui nous permettent de partager en temps réel et de stocker les données sur un même canal.

3/ La valeur de tolérance. Les capacités de rebond, de résilience sont différentes à l’échelle individuelle, à l’échelle d’une équipe et à l’échelle des organisations.

La bienveillance était à mon sens avant la crise une valeur décisive. Aujourd’hui la tolérance prend le dessus avec tout ce que cela comprend : objectivité, impartialité, indulgence, écoute, acceptation, ouverture, adaptation, sur mesure.

ALLEZ-VOUS REVOIR VOTRE STRATÉGIE ET VOTRE COMMUNICATION, EN INTERNE, ET VIS-A-VIS DE VOS CLIENTS ? 

Thomas Velty : Nous n’avons pas de stratégie de communication en tant que telle. Il nous paraît essentiel d’être réactif, agile et en phase avec la situation actuelle, comme nous l’avons toujours été.

A ce titre, et dans le contexte actuel, c’est la notion de SÉCURITÉ qui prévaut.

ENFIN, QUE RETENEZ-VOUS DE CETTE PÉRIODE ? QUELLES SONT LES « LEÇONS » QUE VOUS RETENEZ

Thomas Velty : A titre personnel et philosophique. La vie « d’Avant » était remplie de : certitudes, de maîtrise, de développement permanent (à tous les niveaux, au-delà des aspects économiques et professionnels)

Nous comprenons maintenant que la vie est : incertaine, qu’elle ne se maîtrise pas, que le développement continu, le consumérisme n’est plus possible. Arrêtons de courir sans cesse et apprécions le présent.

Cette situation me fait réagir surtout pour que dans l’avenir nous ne soyons pas confrontés à vivre de vrais chaos. Toutes et tous en sommes responsables à toutes les échelles.

La pandémie de Covid-19 est une tragédie bien évidemment, mais j’espère de tout mon cœur que ça nous permettra de nous engager pour un autre monde, et surtout plus celui d’avant. Je ne suis pas un utopiste, mais si je ne m’y engage pas personnellement et fortement, ça voudra donc dire abandonner, et c’est hors de questions, pour une simple raison, mes enfants, nos enfants.

Tous les indicateurs indiquent un effondrement possible de la civilisation, là est le seul enjeu, le consumérisme nous a conduit ici présentement, en négligent bien des choses, l’écologie, le réchauffement, la pollution, les humains, les inégalités sociales, les espèces animales, la destruction des espaces naturels etc.

Nous devons nous engager, massivement, et maintenant.

 

Propos recueillis par Nathalie Scheer, Partenaire CoLes enjeux évoluent, les attentes évoluent, les solutions existent !

 

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