LE BIEN-ETRE AU TRAVAIL EST-IL TOUJOURS D’ACTUALITÉ ?

Retour Sur l’introduction de notre SQVT2020 Synergique, une conférence animée par Gaël CHATELAIN-BERRY.

Saviez-vous que la France est n°2 mondiale du Burn Out (battue par Japon) ? Oui, le bien-être au travail n’est pas un détail.

Et à la question « Le bien-être au travail est-il toujours d’actualité » ? Oui, bien sûr : il ne l’a jamais autant été !

Rattraper le retard

On parle aujourd’hui de « rattraper le retard ». Et si l’on comparait cela à redémarrer une voiture après deux mois d’arrêt :

  • La première personne fonce « la tête dans le guidon », redémarre sous pression, pressée de « rattraper le temps perdu », sans prendre la température, vérifier… bref, fonce.
  • l’autre personne va vérifier le niveau d’huile, prendre le temps, être prudente.

La seconde, qui aura pris le temps de redémarrer avec prudence et sérénité, rattrapera à coup sûr la première, qui aura grillé son moteur et sera tombée en panne sur le bas-côté.

D’un point de vue managérial, c’est pareil ! Le bien-être, c’est prendre soin de l’être humain, de son moteur.

Le télétravail aujourd’hui, chiffres clés et ressentis

Pour 33 % des personnes interrogées, le bien-être au travail est meilleur, maintenant. Certes subit pendant le confinement, il commence a réapparaître comme une chose positive. Le bien-être revient donc sur le devant de la scène !

Avant, 77 % des français voulaient faire du télétravail, depuis la pandémie : nous sommes passés à 98 % (dont 50 % des répondants qui disaient vouloir être à plus d’un jour sur 2 de télétravail).

Télétravail et limite vie pro / vie perso

La limite vie pro / vie perso est devenue encore plus floue avec le télétravail mis en place précipitamment.

Le 1er ennemi du bien-être au travail est le manque de temps. D’après un sondage, nous passons entre 2h30 et 3h30 sur notre smartphone par jour. Et c’est évidemment un outil indispensable pour le télétravail !

D’ailleurs, connaissez-vous la « Nomophobie » : c’est l’angoisse de ne pas avoir son smartphone sur soi, ou que la batterie passe sous les 10 %.

Alors comment déconnecter et équilibrer son quotidien ?

Inspiration Suédoise : 8 heures de travail, 8 heures vie perso, 8 heures de dodo. Ils ont réussi a organiser la société autour de cet axe vie pro – vie perso. Après 17h00, ils sont tous dehors ! Et pourtant, c’est une société qui tourne très bien !

Inspiration Googlesque : Chez Google, les objectifs de la journée sont vus et validés chaque matin entre manager et salarié. Si les tâches prévues sont terminées à 16h, le salarié peut partir, son travail est fait ! En France, on juge par le temps passé au travail : le fameux Présentéisme à la française. Et avec le télétravail, on est en plein dedans (envoyer un email à 22h pour montrer que l’on travaille…?)

Nous parlions déjà de déconnexion « avant ». Aujourd’hui, c’est une lutte contre les habitudes prises pendant la pandémie, d’être connecté en continu. Et cela revient aux RH et aux managers de guider les équipes !

Quelques pistes :

  • (Se) Fixer des horaires. (Se) fixer des horaires et les respecter. Cadrer les horaires de mails : annoncer aux équipes, que chaque jour à 19 H, on arrête d’envoyer des mails. En cas d’urgence, on appelle (et oui, une urgence ne se traite pas par mail !)
  • Pop-up : supprimez les alertes ! Vous serez plus productif ! A chaque notification qui nous coupe, nous perdons notre concentration, et nous mettons ¼ d’heure à nous y remettre vraiment. En supprimant les alertes, c’est 10 à 12 % de productivité de gagnée !
  • Stop à la snooze attitude ! Le matin : le réveil sonne. Et 64 % des français snooze ! Ce phénomène s’est accentué avec le confinement. Que se passe-t-il dans notre esprit ? On est chez soi, donc on peut aisément ajouter 10 minutes au chaud sous la couette ! Pourtant, la 1ère pensée de quelqu’un qui snooze, c’est qu’il va repousser le début de sa journée de travail ! Pourtant on ne se repose pas en dix minutes, et de plus, on pense au travail. Alors qu’en se levant, on peut avoir un peu de temps précieux pour faire quelques chose que l’on aime, et se mettre ainsi dans une dynamique positive (yoga, musique, vidéo inspirante, écrire, lecture, savoureux petit déjeuner au calme…)
  • Se structurer ! Travailler seul chez soi, ce n’est pas évident ! Pour se motiver, il est utile de mettre en place un planning pour chaque journée. Ainsi, éviter la sensation de n’avoir rien fait, et de courir après le temps. Tous les matins : commencer par se questionner « Qu’est ce que je vais achever, finaliser aujourd’hui ? »
  • Faire des PAUSES ! Depuis le confinement, on se met en moyenne à 8h30 au travail, et on ne prend plus les pauses. Le réflexe du RDV café avec les collègues n’est pas là, la salle de pause non plus… Bref, on enchaîne, et pourtant les pauses c’est important : à partir de 45 minutes de travail, la productivité chute, la capacité à se concentrer chute. Si vous prenez une pause de 5 à 10 minutes toutes les 45 minutes, vous serez plus efficace qu’en passant 3 heures continue sur un dossier. Apprendre à perdre du temps pour en gagner derrière 😉
  • Un jour dans la semaine, arrêter plus tôt ! Qui n’a pas entendu, un jour où il partait plus tôt du travail, « hé tu prends ton après-midi ?! ». On rejoint là l’idée du présentiel à la française. Pourtant, partir plus tôt une fois par semaine vous permettra de prendre du temps pour vous. Et votre travail n’en sera pas moins qualitatif, au contraire !
  • Découvrez, apprenez, vivez ! Quand on va bien dans sa vie perso ET vie pro, c’est là qu’on est « au top » ! Il n’y a rien de pire que de faire du sur place dans la vie. Le travail prend une telle place dans nos vies, que l’on laisse la vie perso comme elle est. Passé la trentaine, le discours classique est le suivant : » j’ai pas le temps de découvrir et d’apprendre de nouvelles choses ». Quand on est indépendant, c’est sans doute encore pire, car le travail prend toute la place. Et pourtant, il est important de découvrir de nouvelles choses pour avancer et vivre ! Prendre une heure par semaine pour apprendre et faire autre chose jouera sur votre bien-être personnel, et donc professionnel.
  • Penser à Soi ! 1 fois par jour, faire quelque chose pour Soi, uniquement pour Soi. Le faire dès le réveil comme évoqué précédemment, ou le soir (un bon film, un bouquin (qui ne soit pas un bouquin de travail))… bref, faire une fois dans la journée quelque chose qui fait plaisir, et qui n’ait aucun lien avec les objectifs de production ! C’est fondamental.
  • Se complimenter ! Chaque jour, notez sur un post-it la chose dont vous êtes le plus fier, et mettez-le dans un vase. Au bout de 15 jours, plongez la main dedans, prenez-en un au hasard. Vous aurez déjà oublié ! Nous retenons 3x plus le négatif que le positif, et encore plus depuis le début de la crise. Il faut savoir se générer son propre positif. Chaque jour, notez votre accomplissement de la journée !
  • La relation à Soi. Pour la 1ère fois, l’humain est passé devant l’économie ! Le COVID nous aura donné un rappel : le plus important, c’est que les gens soient en vie ! Aux Etats-Unis, on est prêt à sacrifier notre vie pour le travail… Pourtant, les entreprises qui mettaient de coté la QVT, car ce n’était pas la priorité, se sont aperçues que le bien-être au travail est VITAL pour faire tourner l’entreprise.
  • Relativiser ! Relativisez votre relation au travail. Notamment dans l’Est, où notre relation au travail très particulière : la Valeur Travail très forte. Mais : un travail n’est qu’un travail ! Nous avons l’habitude de nous définir par ce que nous faisons, par notre métier. Pourtant nous sommes des humains avant cela. Aimer son travail et avoir une conscience professionnelle, c’est bien, mais « je ne suis pas mon travail« , ce n’est qu’un travail ! Quant à la notion de perfection : c’est une notion qui nous plombe. Être parfait ne peut pas être un objectif. Relativisez, assumez-vous avec vos défauts, nous ne serons jamais parfaits !
  • Souriez ! Chaque jours, chaque matin. Le sourire a de nombreux pouvoirs, essayez 😉

Le bonheur au travail, c’est un mensonge !

Le bonheur au travail, c’est un mensonge ! Une bêtise absolue ! Le bonheur est une quête, le bien-être, c’est un état. Dire « le Bonheur » est culpabilisant et anxiogène.

Mais le bien-être au travail a eu, et a encore, un long chemin à faire.

L’étymologie du mot travail vient de « tripalium » : c’est un outil de torture pour punir les esclaves.

Nous sommes tous nés dans une salle de travail. Le travail de l’accouchement, peu de femmes trouvent que c’est un bonheur ! Et pourtant, depuis très longtemps, on a trouvé des moyens d’amener du bien-être pendant l’accouchement. MAIS ! En 1484 le pape Innocent VIII applique les dires de la bible : il est écrit que Eve doit souffrir pendant l’accouchement. Les sages-femmes commençaient à amener du bien-être aux femmes qui accouchent… Alors Innocent VIII a fait brûler les sages-femmes.

Tout cela pour dire que le bien-être au travail n’est, historiquement, pas quelque chose d’important…

En conclusion

Fondamentalement, peu de choses on changé pour le bien-être au travail avec le confinement.

La seule chose qui ait vraiment changé : c’est la relation à l’être humain.

Le bien-être au travail est la plus grande des priorité… pas le bonheur au travail !

 

Gaël CHATELAIN-BERRY est auteur, conférencier, chroniqueur, formateur, et le pionnier du Management bienveillant en France.

Son prochain livre : « Le bien-être au travail pour les nuls » (adapté à la période du corona !) sortira fin août.

Il diffuse tous les lundis matins un podcast « Happy work »

 

Cette intervention introduisait la Semaine QVT Synergique 2020, un événement digital organisé par Z’Est.

Un zeste de patience